Kinshasa, le 19 août 2026.
— Face aux défis sécuritaires majeurs qui secouent l’est de la République Démocratique du Congo, l’initiative de promotion de la culture du cannabis médical suscite de vives inquiétudes au sein de la classe politique. Dans une correspondance adressée ce mercredi 19 août au Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, le député national Nzanzu Kasivita Carly a officiellement demandé au gouvernement congolais de suspendre sans délai la campagne de sensibilisation menée dans la province du Nord-Kivu.
Depuis le 6 août, une campagne médiatique et numérique vante les mérites de cette nouvelle filière agricole. Une démarche jugée imprudente et intempestive par l’élu national, qui pointe du doigt un contexte local particulièrement vulnérable, toujours marqué par l’activisme violent de nombreux groupes armés, dont les rebelles des ADF.
Un risque majeur de financement pour les groupes armés
Pour Nzanzu Kasivita Carly, le contexte sécuritaire actuel ne prête aucunement à l’introduction d’une telle culture. L’élu redoute une infiltration rapide des circuits de production et de distribution par les milices locales et groupes terroristes.
Dans une région caractérisée par la porosité des frontières et une présence étatique encore fragile par endroits, le risque est grand de voir ces factions armées alimenter le marché noir pour consolider leurs moyens financiers et militaires. Faute de mécanismes de contrôle rigoureux et de dispositifs de traçabilité efficaces, cette filière pourrait involontairement aggraver l’instabilité régionale.
Menace sur la sécurité alimentaire
Au-delà de la dimension sécuritaire, le député tire également la sonnette d’alarme sur le plan socio-économique et agricole. La rentabilité présumée de la culture du cannabis risque de créer un effet d’éviction néfaste pour l’agriculture locale : attirés par des gains potentiels plus élevés, les agriculteurs pourraient délaisser les cultures vivrières traditionnelles. Un basculement qui fragiliserait davantage la sécurité alimentaire des populations du Nord-Kivu.
Restaurer l’État avant de lancer de nouvelles filières
Face à ces enjeux critiques, Nzanzu Kasivita Carly appelle le gouvernement central à faire procéder à des analyses spécialisées et approfondies sur ce projet avant toute poursuite des opérations. Pour le parlementaire, la ligne de conduite de l’État doit rester claire : la priorité absolue doit être accordée à la restauration de l’autorité de l’État et à la pacification durable des zones sous emprise armée avant d’envisager le lancement d’une filière agricole aussi sensible.
Rédaction