Partager

Beni, le 08 octobre 2026

​Dans une vive mise au point, l’Association congolaise des commissionnaires agréés en douane (ACCAD/Nord-Kivu) rejette en bloc les griefs portés par la Fédération des entreprises du Congo (FEC/Beni). Entre défense de la légalité fiscale, révélations sur l’usage des fonds du chantier de l’aéroport de Mavivi et appels à l’audit, le climat s’envenime entre les géants du secteur économique provincial.

​La hache de guerre est officiellement déterrée entre les commissionnaires en douane et le patronat local. Dans une correspondance adressée à la présidente de la FEC/Beni, Eugène Kakule Matembela, président provincial intérimaire de l’ACCAD/Nord-Kivu, n’y va pas par quatre chemins. Il qualifie d’« imputations dommageables » et d’« accusations non fondées » les sorties récentes de la FEC auprès de la Direction générale des douanes et accises (DGDA).

​Au cœur du litige : la taxe spéciale conventionnelle additionnelle destinée à la reconstruction du Nord-Kivu, un levier financier pourtant vital pour cette province sous pression.

​Un socle juridique inattaquable

​Face aux contestations de la FEC, l’ACCAD oppose un argumentaire fondé sur le droit. L’organisation rappelle que cette perception repose sur la convention du 25 février 2025, complétée par l’arrêté provincial n°01/ES/002/CAB/GP-NK/2025 signé à la même date. Un détail de taille est d’ailleurs souligné : la FEC/Beni figure elle-même parmi les signataires de cet accord cadre.

​L’ACCAD précise que si ses équipes assurent la supervision et le suivi de la mobilisation des recettes, la perception effective reste le domaine exclusif des agents de la Direction générale des recettes du Nord-Kivu (DGRNK).

​Quant à la durée de ce mécanisme fiscal, l’association tranche fermement : fixée par l’article 8 de la convention, elle ne peut être remise en cause par une simple lettre unilatérale ou par le Fonds national d’entretien routier (FONER), ce dernier n’étant pas partie prenante au contrat. Si différend il y a, les articles 11 et 12 prévoient déjà des canaux officiels de règlement et de révision.

​Aéroport de Mavivi : près de 7 millions $ en jeu et un appel à l’audit

​L’incompréhension de l’ACCAD est d’autant plus vive que cette taxe finance un projet stratégique majeur : la modernisation de l’aéroport de Beni-Mavivi.

​Jetant un pavé dans la mare, l’ACCAD met en cause la gestion des flux financiers collectés. Elle révèle que la société SSV, chargée de l’exécution des travaux de l’aéroport, perçoit directement le produit de cette taxe, pour un montant global estimé à environ 7 millions de dollars américains.

​Afin d’éclaircir la trajectoire de ces fonds publics, l’ACCAD demande formellement à l’autorité provinciale d’ordonner :

  1. ​Une évaluation technique de terrain sur l’avancement réel des travaux de l’aérodrome.
  2. ​Un audit financier rigoureux de la chaîne de gestion de cette taxe, depuis sa perception jusqu’à son utilisation finale par l’entreprise SSV.

​Un appel à la retenue dans une région meurtrie

​En conclusion de sa plaidoirie, Eugène Kakule Matembela invite la FEC à garder son impartialité et à bannir toute « manipulation politicienne », un comportement jugé irresponsable au vu de la crise sécuritaire et socio-économique aiguë qui frappe le Nord-Kivu.

​Pour l’ACCAD, la FEC en tant qu’organisation apolitique devrait porter ses revendications devant les instances légales de suivi de la convention au lieu de pointer du doigt des exécutants comme l’ACCAD ou la DGDA, qui ne font que remplir leurs attributions régaliennes.

​Alors que les frictions s’intensifient entre décideurs économiques, le dossier de la taxe conventionnelle s’impose plus que jamais comme un test de transparence et de gouvernance pour la reconstruction du Nord-Kivu.

Zachée MATHINA