Kinshasa, le 26 mars 2026.
Le président national de l’Alliance des Congolais pour la Défense des Intérêts du Peuple (ACDIP) et notable du Nord-Kivu, Jonas Kasimba, a adressé une note de plaidoyer au ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévention, appelant à une intervention sanitaire urgente en faveur de la ville de Beni et du territoire de Beni, en proie à une crise humanitaire et sanitaire sans précédent liée à l’afflux des déplacés de guerre.
Dans cette correspondance officielle, Jonas Kasimba alerte sur l’état critique du système de santé dans cette ville de l’Est de la République démocratique du Congo, devenue un véritable refuge pour des milliers de déplacés fuyant les violences armées dans la province du Nord-Kivu.
« Aujourd’hui, la ville de Beni a changé de visage et elle est devenue une « ville-refuge » des dizaines des milliers des familles déplacées qui faisaient face aux massacres et aux affrontements dans la Ville de Goma, les territoires de Beni et de Lubero en abandonnant derrière elles leurs terres agricoles et autres activités économiques pour chercher protection dans la ville de Beni. L’accès aux soins de santé y est aujourdhui gravement compromis par une pression démographique inédite, résultant de l’exode rural massif des populations fuyant les exactions des groupes armés. La ville a ainsi vu la densité de sa population explosée en doublant voir triplé en moins de deux ans pour atteindre une estimation d’environ 700 000 Habitants et l’on peut y constater qu’une seule parcelle peut héberger désormais 4 à 5 familles déplacées et ce, sans infrastructures sanitaires adéquates.
Ce mouvement de population transforme la ville en un immense camp de déplacés à ciel ouvert, où les quartiers périphériques observent un flux humain dépassant largement les capacités structurelles, sanitaires et hydrauliques de la municipalité » indique Jonas Kasimba, Président national du parti politique Alliance des Congolais pour la Défense des Intérêts du Peuple (ACDIP), dans sa note de plaidoyer adressée au ministre de la santé publique ce jeudi 26 mars 2026.
Une ville sous pression démographique et sanitaire
Située au cœur du Nord-Kivu, la ville de Beni connaît une explosion démographique liée à l’afflux massif de populations déplacées. Estimée à près de 700 000 habitants aujourd’hui, la ville accueille plus de 150 000 personnes ayant fui les conflits dans les territoires voisins. Cette pression humaine sans précédent a profondément déséquilibré les capacités d’accueil des structures sanitaires locales. Selon le plaidoyer, certains centres de santé couvrent désormais jusqu’à 25 000 personnes, soit bien au-delà des normes recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
« L’analyse de la situation sanitaire, consécutive à cet exode rural, révèle une rupture imminente du système de santé de la ville de Beni où il se constate désormais une saturation spatiale de l’hôpital Général de Reference et des centres de santé de référence qui fonctionnent à 150%, voire 200% de leur capacité d’accueil » alerte-t-il.
Un système de santé au bord de l’effondrement
La note décrit une situation alarmante marquée par la saturation des structures de soins, notamment de l’hôpital général de référence, qui fonctionnerait à plus de 150 % de sa capacité. Les conditions de prise en charge des malades se détériorent, avec des patients souvent soignés dans la promiscuité, parfois à même le sol, faute de lits disponibles. À cela s’ajoute une forte prévalence des maladies hydriques, aggravée par le manque d’accès à l’eau potable et à des infrastructures d’assainissement adéquates.
Les malades y sont soignés dans les conditions précaires caractérisées par la promiscuite et le manque des lits, augmentant ainsi les risques de contamination,
« Au regard de son statut de « ville refuge’, les structures sanitaires font face simultanément aux chirurgies lourdes liées à la guerre qu’on estime à 65% des interventions chirurgicales et à l’explosion des maladies hydriques liées au manque d’eau potable et des infrastructures d’hygiène dans les sites et/ou parcelles d’accueil. Il est à noter que suite à la perte du pouvoir d’achat de ces personnes déplacées, le système des soins payant est devenu une sentence de mort pour elles car ayant tout perdu et la plupart d’entre elles n’ont aucun moyen de payer une simple consultation médicale. L’arrivée continue des déplacés a ainsi rompu léquilibre entre l’offre et la demande des soins médicaux dans les structures sanitaire »
Par ailleurs, le coût des soins constitue un obstacle majeur pour les populations déplacées, désormais dépourvues de moyens financiers.
Des besoins urgents en infrastructures et en intrants médicaux
Face à cette situation critique, Jonas Kasimba insiste sur la nécessité d’une réponse à la fois structurelle et immédiate. Il recommande notamment : la construction d’un second hôpital général de référence, idéalement dans la commune de Mulekera, fortement touchée par l’afflux de déplacés ; l’extension des structures sanitaires existantes avec de nouvelles salles d’hospitalisation ; la création de centres de santé de référence dans les zones à forte densité et l’approvisionnement urgent en médicaments essentiels, équipements médicaux et aliments thérapeutiques.
« La destruction par les groupes armés des centres de santé dans les quartiers périphériques de la ville et le départ des professionnels de santé obligent les malades à parcourir de longues distances vers le centre de la ville, aggravant leur état de santé avant la prise en charge. Ainsi, pour stopper l’hémorragie sanitaire en Ville de Beni, la réponse doit être prise sur 2 plans, à savoir : structurelle (bâtiment) et immédiate (médicament ou intrant). Sur le plan structurel, il est urgent d’envisager la construction d’un second hôpital Général de Référence car l’unique existant aujourd’hui est saturé. Et pour désengorger le centre-ville de la ville de Beni, il est idéal de l’ériger en commune de Mulekera considéré comme zone de forte pression migratoire. Il faut également envisager la construction des nouvelles salles d’hospitalisation dans les structures existantes pour mettre fin aux traitements des malades sur des matelas posés à même le sol. À côté de la construction de ce nouvel Hôpital Général de Référence, il faut ajouter les nouveau centres de santé de références dans les quartiers à forte densité de la population pour rapprocher les soins de santé aux administrés qui parcourent des trop longues distances à pieds pour bénéficier des prestations de soins de santé » suggère Jonas Kasimba en tant que natif de Beni.
Plaidoyer pour la gratuité des soins et le soutien au personnel soignant
Au cœur de cette démarche, le président de l’ACDIP appelle à des mesures concrètes et immédiates de la part du gouvernement. Parmi les priorités évoquées : l’instauration de la gratuité des soins d’urgence pour les déplacés et les populations vulnérables ; la mise en place d’un fonds spécial de contingence sanitaire pour soutenir les structures locales ; l’octroi d’une prime de risque au personnel soignant, confronté à des conditions de travail extrêmes ; la mécanisation urgente des agents de santé non pris en charge par l’État, afin d’assurer leur stabilité et leur motivation ; le renforcement de la sécurité des infrastructures et du personnel de santé et l’investissement dans les projets d’eau, hygiène et assainissement (WASH), afin de prévenir des épidémies, notamment de choléra.
« Considérant l’aggravation humanitaire et sanitaire en Ville de Beni, il est impératif que le Gouvernement de la République via votre Ministère agisse sur les leviers suivant :
- L’instauration d’une zone de « gratuité des soins d’urgence » en décrétant celle- ci pour les déplacés de guerres identifiés et les populations hôtes vulnérables dans les quartiers périphériques de la Ville pour éviter de faire grimper le taux de mortalité suite au manque des soins d’urgence. Ceci passe par une campagne médicale urgente à organiser par l’initiative de votre Ministère;
- La mise en place urgente d’un fond spécial de contingence sanitaire en allouant une partie de ce fond dans l’achat des médicaments essentiels et des kits d’urgence en faveur de l’Hôpital Général de Référence et de Centres de Santé de Références de la ville de Beni pour parer à la rupture des stocks suites à l’afflux massif des patients demandeurs. Ce fond devra aussi servir dans la dotation de la ville des nouvelles infrastructures sanitaires modernes pour désengorger celles existantes qui sont débordées comme dit précédemment,
- L’appui au Personnel de santé en octroyant des primes de risques pour leur motivation et enforcer aussi leurs effectifs dans la zone de santé de Ben considérant que ceux-ci travaillent sous une pression psychologique et physique extrême et sont actuellement épuisés par le flux interrompu des blessés et des malades. En outre, pour ceux qui ne sont pas mécanisés, envisagé leur mécanisation urgente pour une prise en charge par l’État congolais;
- La sécurisation des agents de santé et des infrastructures souvent ciblés ou paralysées par les incursions dans les périphéries de la ville de Beni;
- L’investissement dans les projets d’eau et d’assainissement (WASH) par la réalisation des forages par exemple, dans les sites de regroupement pour prévenir une épidémie de choléra sous peine de voire toute la région être paralyser. » Plaide Jonas Kasimba.
Un appel à une intervention immédiate de l’État
Le notable du Nord-Kivu Jonas Kasimba, exhorte le gouvernement à organiser une caravane médicale d’urgence à Beni pour appuyer les structures sanitaires débordées. Il suggère également d’intégrer la ville dans les priorités de la deuxième phase du programme de développement des 145 territoires, en mettant l’accent sur les infrastructures sanitaires.
Une crise humanitaire à contenir d’urgence
Alors que les organisations humanitaires internationales interviennent déjà sur le terrain, leurs capacités restent limitées face à l’ampleur des besoins. Sans une intervention massive et coordonnée de l’État, le risque d’un effondrement total du système sanitaire de Beni demeure élevé. À travers cette initiative, Jonas Kasimba se positionne comme une voix forte en faveur des populations vulnérables du Nord-Kivu, appelant à une mobilisation urgente pour éviter une catastrophe humanitaire irréversible, c’est en somme le président national de l’ACDIP soutient que;
« Excellence Monsieur le Ministre, l’accès aux soins de santé à Beni n’est plus une question technique, c’est une questior de survie nationale et la résilience des habitants de Beni a atteint ses limites. L’afflux massif de déplacés à Beni se concentre principalement dans les quartiers périphériques et certaines zones stratégiques de la ville, créant des poches de vulnérabilité sanitaire extrême. Alors que le système de santé local ne survit que grâce à l’appui des organisations internationales avec des capacités qui ne couvrent qu’une fraction des besoins croissants, sans une intervention directe et massive de l’État, il risque un effondrement total, transformant une crise sécuritaire en une catastrophe humanitaire irréversible. Ainsi, par la présente note, nous plaidons respectueusement en faveur de nos concitoyens de la Ville de Beni pour une intervention immédiate visant à instaurer par exemple des zones de gratuité ciblée pour les soins d’urgence et un réapprovisionnement massif en intrants médicaux pour la Zone de Santé de Beni, à côté de l’érection des nouvelles infrastructures adaptés pour le rapprochement des soins de santé à la population. L’autre piste de solution urgente à envisager sur le plan structurel est de passer par la deuxième phase du programme PLD 145 territoires qui sera bientôt lancée en privilégiant la ville de Beni par une dotation des nouvelles infrastructures sanitaires. Mais dans l’extrême urgence sanitaire dans laquelle la ville se trouve à ce jour, nous er appelons à une organisation d’une caravane sanitaire ou médicale du Gouvernement National par l’entremise de votre Ministère, afin de venir en appui à l’hôpital Général de Référence et aux centres de santé de référence de Beni qui suffoquent face à cette crise sanitaire qui se développe du jour le jour. Agir ainsi sauvera les vies et rapprochera l’administration à ses administrés qui espèrent à l’accès aux soins de santé équitable » conclu-t-il dans sa note de plaidoyer.
Il sied de rappeler que, la fois dernière, Jonas Kasimba toujours à travers sa formation, avait adressé une autre note de plaidoyer en faveur des infrastructures sportives de Beni et Butembo, cette fois-ci au ministre de sport et loisirs, afin que ces projets soient intégrés dans le budget en titre rectificatif.
Zachée MATHINA