Partager

Kinshasa, le 31 mars 2026.

Le président national de l’Alliance des Congolais pour la Défense des Intérêts du Peuple (ACDIP), Jonas Kasimba, a adressé ce mardi 31 mars à Kinshasa, une note de plaidoyer à la ministre de l’Environnement et Développement durable afin d’obtenir une délimitation définitive du Parc National des Virunga. Cette démarche vise à mettre fin à plus de deux décennies de conflits entre les populations riveraines et les gestionnaires du parc national des Virunga situé à l’Est de la République Démocratique du Congo, dont principalement au Nord-Kivu.

« Excellence Madame la Ministre, Nous avons l’honneur de vous adresser la présente afin de susciter votre intérêt et celui du Gouvernement de la République pour la prise des décisions idoines quant à la délimitation définitive du Parc National des Virunga et ainsi clore ce chapitre dans lequel s’enregistrent des conflits depuis maintenant plus de 20 ans » indique Jonas Kasimba, Président national du parti politique Alliance des Congolais pour la Défense des Intérêts du Peuple (ACDIP).

Dans sa note de plaidoyer, Jonas Kasimba a d’abord parlé de l’historique de ce patrimoine mondial au cœur des tensions depuis plus de 20 ans.

Créé en 1925 sous le nom de Parc Albert par le roi Albert Ier de Belgique, le Parc des Virunga est le plus ancien parc national d’Afrique. Classé patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979, il abrite une biodiversité exceptionnelle, notamment les gorilles de montagne.

« Il s’agit du premier ancien Parc de l’Afrique qui fut créé pour protéger les gorilles de montagne qui vivaient dans les forêts des massifs des Virunga. Aux années 1929 et 1950, le Parc des Virunga fut agrandi dans le but de protéger une plus grande biodiversité et s’est ainsi étendu dans les plaines de la Rwindi et inclure aussi les montagnes de la lume du Rwenzori mais aussi le Lac Édouard en son sein. C’est après l’indépendance du Pays, en 1969 que ce Parc fut rebaptisé Parc National des Virunga et dix ans plus tard, soit en 1979 qu’il a été inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO à cause de sa biodiversité exceptionnelle. Aujourd’hui, il se trouve dans une zone de conflit et lui-même a connu des nombreuses épisodes des conflits qui ont des origines profondes qui sont à la fois historiques et socio-économique » rappelle-t-il.

Cependant, dès sa création, la délimitation de ce parc s’est faite sans consultation des populations locales. Ces dernières ont été contraintes d’abandonner leurs terres ancestrales, perdant ainsi leurs moyens traditionnels de subsistance. Cette injustice historique constitue, selon Jonas Kasimba, l’une des racines majeures des tensions persistantes.

« Cette situation de non considération des droits des populations qui vivaient dans cette zone désormais protégée est l’un des points de départ des conflits qui durent jusqu’à aujourd’hui car, n’ayant plus accès aux terres fertiles et aux redevances coutumières que procuraient les terres, les populations ont tendance à défier les limites actuelles du Parc des Virunga » précise-t-il.

Des conflits à la fois historiques et socio-économiques

Ce dignitaire du Nord-Kivu souligne dans sa note que, les conflits autour du parc trouvent également leur origine dans des difficultés socio-économiques. Privées d’accès aux terres agricoles, à la pêche et aux ressources naturelles, les communautés riveraines vivent aujourd’hui dans une précarité accrue.

« Ces population qui vivaient de l’agriculture, de la chasse et de la pêche et dont les descendants vivent aujourd’hui des mêmes ressources ont vu leur marge de survie être considérablement diminué et, à la recherche des terres arables et d’autres ressources, elles ont tendance à vouloir réoccupée une partie des terres mises sous protection au risque d’un conflit ouvert avec l’ICCN qui n’hésite pas à réprimander toute action initiée par la destruction des cultures qui auraient été plantées par cette population au-delà des limites préfixées unilatéralement en occasionnant des pertes en vies humaines parfois et les arrestations » souligne Jonas Kasimba, avant de poursuivre que;

« Ceci est une source des tensions et violences permanentes qui se vivent dans le parc qui nécessite une attention particulière de la part du Gouvernement. La crise et les conflits persistent suite à ce qui peut se définir aujourd’hui comme une inégalité dans le bénéfice économiques que génère le parc. La population riveraine qui a vu précédemment ses terres être arrachées estime ne pas jouir comme il se doit des revenus générés par le Parc, malgré quelques initiatives des projets qui s’y sont développés à ce jour à l’instar de celui de l’électricité »

Une situation qui en effet, pousse certaines populations à réoccuper illégalement des zones du parc, entraînant des affrontements avec les éco-gardes de l’ICCN.

Jonas Kasimba revient dans sa notre de plaidoyer sur les incidents récents, notamment en 2025 et début 2026 dans les territoires de Rutshuru, Lubero et Beni, qui illustrent la gravité de la situation.

Ce digne fils de Beni, parle de la question brillante de Mayangose;

« À Mayangose, plus de 20 hectares de cultures ont été détruits, provoquant une révolte paysanne. À Kididiwe, des altercations ont fait des blessés parmi les agriculteurs » informe-t-il.

Par ailleurs, certaines localités comme Kasindi restent privées d’accès à des services de base tels que l’eau et l’électricité, aggravant les frustrations des habitants.

« Dans la cité de Kasindi, alors que la population vit sur des terres supposées appartenir au Parc des Virunga, celle-ci se voit priver des services de raccordement d’eau et de l’électricité, un des droit fondamentaux que doit garantir l’État et cette situation rend la vie plus difficile et lui contraint à la recherche des bois des chauffages dans les limites actuelles du Parc sous le risque d’altercation avec les éco-gardes » dénonce ce fils de Beni.

Une crise aggravée par l’insécurité

Jonas Kasimba met également en garde contre l’exploitation de cette crise par des groupes armés, qui profitent des tensions pour exploiter illégalement les ressources du parc et renforcer leur emprise dans la région. Cette situation contribue à l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC.

« Cette situation favorise l’exploitation illicite par des groupes armés qui se ressourcent au sein du parc pérennisant ainsi l’insécurité dans la région. »

Des propositions pour une solution durable

Pour sortir de cette impasse, le président national de l’ACDIP propose une série de mesures concrètes :

  1. Redéfinir les limites du parc dans un cadre consensuel, en tenant compte des réalités démographiques et des droits des populations locales ;
  2. Compenser les communautés affectées, notamment par la désaffectation d’une partie des terres ;
  3. Mettre en place des alternatives économiques (agriculture modernisée, pêche, élevage, accès à l’énergie) pour réduire la dépendance au parc ;
  4. Assurer un partage équitable des revenus générés par le parc, notamment à travers des investissements dans les infrastructures sociales ;
  5. Impliquer les communautés locales dans la gestion du parc afin de renforcer leur adhésion aux efforts de conservation ;
  6. Former les éco-gardes au respect des droits humains et instaurer des mécanismes de médiation en cas de conflit ;
  7. Renforcer la sécurité autour du parc pour lutter contre les groupes armés.

Un appel urgent au gouvernement

Dans un contexte marqué par les déplacements massifs de populations et l’insécurité alimentaire, Jonas Kasimba insiste sur l’urgence d’une intervention gouvernementale. Il cite notamment le rôle stratégique de zones comme Mayangose dans l’approvisionnement alimentaire de la région de Beni.

« Et pourtant, à ce jour avec l’afflux de déplacés des guerres suite aux conflits armés, la Ville et le Territoire de Beni dépendent en nourriture de Mayangose, aujourd’hui considéré comme l’un des greniers productif et qui, jadis avait été institué en zone tampon et qui continue à être revendiquée comme étant partie intégrante du Parc » insiste Jonas Kasimba pour appuyer son plaidoyer.

Selon lui, une délimitation rigide sans mesures d’accompagnement met en péril la survie de milliers de personnes déjà fragilisées par les conflits armés.
Vers une solution politique et consensuelle.
En conclusion, le président de l’ACDIP appelle à une délimitation négociée et réaliste du Parc des Virunga, qui tienne compte à la fois des impératifs de conservation et des droits des populations. Il recommande que les décisions prises soient validées par le Parlement et formalisées par une ordonnance présidentielle afin de leur donner force de loi.

Pour Jonas Kasimba, seule une approche inclusive et équilibrée permettra de mettre fin à un conflit vieux de plus de 20 ans et de transformer le parc en un véritable levier de développement partagé.

Rédaction